mardi 15 janvier 2013

Quand les publicitaires s'invitent au grand écran...


Dans ce billet, je vais faire une chose à laquelle je me refuse habituellement :  parler et montrer des marques. Sachez bien que je ne le fais que pour dénoncer un phénomène qui prend des proportions inquiétantes… On vite dans une société de consommation, qui court après les consommateurs potentiels, public captif que nous sommes, jusqu’au fond des salles obscures!!

J’ai recensé 3 catégories principales : l’abus flagrant, le placement évident mais modéré et ma préférée, le détournement de marques.

Quand trop, c’est comme pas assez
La goutte d’eau qui a fait déborder mon vase, c’était Cast Away (2000) de Robert Zemeckis avec Tom Hanks. Il y a toujours bien des limites à nous prendre pour des c… Tom Hanks y incarne un employé de Federal Express, ce qui justifie, semble-t-il, qu'on nous inflige une véritable infopub sur le transporteur de courrier. J'ai trouvé ça interminable, avec l'acteur qui joue au cadre dynamique (névrosé?) de la compagnie et des scènes du film qui se déroulent dans leurs locaux. Je n’en revenais pas, je bouillais sur mon siège. Et le placement de produits se poursuit avec les colis du transporteur éparpillés sur l’île déserte où échoue Tom Hanks. Sans parler de la marque d’accessoires de sport Wilson, qui se paie le luxe d’avoir un « personnage », le ballon de volleyball, qui porte son nom. À vomir.

Extrait de Cast Away (en anglais)


Ce gavage de publicités est souvent l’apanage des grosses productions estivales hollywoodiennes. Le raisonnement est-il que la chaleur nous rendrait collectivement décérébrés? Prenons pour exemple le film Transformers (2007) de Michael Bay. Les annonceurs défilent à un rythme effréné, parmi lesquels : Apple, Porsche, Ebay, Panasonic, Cadillac, GMC, Xbox 360, Burger King et Pepto Bismol (un message subliminal? Un lien de cause à effet avec la malbouffe servie dans les cinémas?!?), alouette!

Transformers (montage)


On pourrait penser qu’avec tout l’argent amassé Michael Bay a les moyens de se payer un scénariste digne de ce nom. Eh bien détrompez-vous. En même temps, mon esprit sarcastique ne peut s’empêcher de se demander quel peut bien être l’intérêt pour l’annonceur de payer pour apparaître dans ce genre de films, noyé dans un océan de marques…
Remarquez que la franchise James Bond ne donne pas sa place, avec ledit James qui joue à l’homme-sandwich au volant d’une voiture de luxe ou qui exhibe une montre Omega à son poignet, etc., etc. Dans Skyfall (2012) de Sam Mendes, l’agent 007 s’est mis à la bière Heineken. Misère… À notre époque de médias sociaux, la marque a même profité d’un coup de pub avant la sortie du film (les adeptes du Martini Dry contre ceux de la boisson au houblon). Navrant.


Le réalisateur a des scrupules et se garde une petite gêne
Zemeckis, encore lui, avait des antécédents en matière de placement de produits, notamment avec la saga des Back to the Future (Retour vers le Futur). Vous vous rappelez quand Marty McFly (Michael J. Fox) enfile ses Nike du futur qui se lacent toutes seules? OK ça a le mérite d’être inventif, mais c’est quand même un coup de pub pour Nike…   

Extrait de Back To The Future II (en anglais) :


Ceci étant dit, Zemeckis n’est pas le seul. Steven Spielberg a aussi donné. Dans E.T. (1982), il offre une vitrine à la marque de chocolat Reese (Reese's Pieces, pour être plus précis). On voit à l’écran l’emballage du produit et le produit lui-même. Dans You’ve got mail de Nora Ephron, c’est AOL qui passe à la caisse. 

Le détournement de placement de produits ou l'arroseur arrosé
Quand le réalisateur accepte l’argent du commanditaire mais n’en fait qu’à sa tête, quitte à détruire l’image de marque ou à s’en moquer.
Dans Fight Club (1999) de David Fincher, le cinéaste fait déféquer des pigeons sur des voitures de son commanditaire (BMW)... Ce même Fincher fait une parodie intelligente des produits offerts chez une compagnie réputée d'ameublement suédois dans une séquence d’anthologie qui décrit l’appartement d’Edward Norton. Pendant qu’on passe en revue (au sens propre) le salon et la cuisine, le personnage explique qu’il ne se définit que par ses biens matériels. Une belle claque à la société de consommation. Savoureux.

Extrait de Fight Club (séquence de l'appartement ( en anglais) :

Mike Myers l’idéateur et coscénariste du film Wayne’s World (1992) de Penelope Spheeris, a lui aussi trouvé une façon intéressante de détourner la publicité. Les deux personnages principaux du film, Wayne (Mike Myers) et Garth (Dana Carvey) décrient le principe même du placement de produits alors qu’ils portent des vêtements de marque et mangent de la malbouffe. On est dans le troisième degré là…

Extrait de Wayne's World (en anglais)

Mais le summum de l'ambiguïté est atteint en la matière dans The Greatest Movie ever Sold (2011) de Morgan Spurlock. L'homme derrière Super Size Me (2004), s'attaque aux « fils de pub » en réalisant un documentaire entièrement financé par des commanditaires,  « en toute transparence », dit-il. Opportuniste, provocateur, il expose notamment ses motivations et les résultats de son film dans une conférence Ted Talk qu'il a réussi à faire commanditer (!!). Si vous manquez de temps, allez directement à la 15ème minute de son allocution : TED Talk Morgan Spurlock (en anglais).

Pour finir, un petit aparté avec Pulp Fiction (1994) de Quentin Tarantino. Les hamburgers de façon générale (chaînes de restauration rapide McDo, Wendy’s et Jack in the Box mentionnées) et le Big Mac en particulier sont au cœur de deux discussions avec Vincent Vega (John Travolta) et Jules Winnfield (Samuel L. Jackson). Dans le film, le produit est évoqué mais pas montré en tant que tel, pas plus que le logo de McDonald’s. En fait, Tarantino est contre le placement de produit qu’il a toujours catégoriquement refusé dans ses films, quitte à créer des marques fictives avec des logos inventés, comme le Big Kahuna Burger (d’une pseudo compagnie hawaïenne).

Extrait de Pulp Fiction où on cause hamburgers, enfin, surtout Jules (en anglais) :

mercredi 2 janvier 2013

Django Unchained ou la vengeance dans la peau



Je ne suis pas la personne la plus objective pour parler du dernier Tarantino. J'ai fait mon mémoire de maîtrise sur le cinéaste, pour qui j'ai conservé une affection certaine au fil des ans. Ceci étant dit, voici ma critique de Django Unchained. Vous voilà prévenus!
 
Tarantino aime les films de genre. Après avoir revisité la Seconde Guerre mondiale avec Inglorious Basterds (2009), il s’attaque au western dans Django Unchained avec cette histoire de vengeance d’esclave du Sud des États-Unis. On suit la quête de Django (Jamie Foxx, honnête), fraîchement libéré de ses fers. Celui qui l’a affranchi, le docteur d'origine allemande King Schultz (formidable Christoph Waltz) a besoin de ses services pour retrouver les frères Brittle, trois fugitifs que seul Django est en mesure d’identifier. Ça tombe bien, le jeune homme a un compte personnel à régler avec ces énergumènes…

Bande-annonce du film Django Unchained  



Une amitié naît entre les deux hommes. Après avoir initié Django aux rudiments du métier de chasseur de primes, le jeune homme qui « joue bien du gun » comme dirait Robert Charlebois dans Conception, accepte de faire équipe avec Schultz en échange de la promesse de ce dernier de l’aider à retrouver et libérer sa femme, Broomhilda (Kerry Washington) retenue prisonnière sur une plantation de coton.


L’histoire est racontée de façon linéaire. La mise en contexte se fait sous forme de flashs concis qui expliquent les raisons de la colère de Django. Les dialogues sont savoureux mais ne s'étirent pas (ce qui m'avait royalement tapé sur les nerfs dans Death Proof et Inglourious Basterds).


L’univers tarantinesque appliqué au western

Le réalisateur de Pulp Fiction intègre les codes du western pour mieux les détourner. Les références/hommages au genre pleuvent, ne serait-ce que l’utilisation de la musique d’Ennio Morricone à plusieurs reprises (Sister Sara’s Theme/Un Monumento/The Braying Mule) ou encore celle de Luis Bacalov. Sur la même bande sonore, on trouve aussi Unchained (The Payback/Untouchable) avec James Brown et 2Pac, Too young to die de Brother Dege aka Dege Legg ou bien Johnny Cash.


J’ai encore le frisson quand j’entends l’intro d’Unchained. Je vous promets que ça barde quand le morceau part...

On a droit au thème de l’homme solitaire qui part en croisade, aux gros plans serrés sur le regard de Django. Bref, les pistolets n’ont pas le temps de refroidir. Parce que ça canarde sec dans ce film qui comporte de nombreuses scènes ultra-violentes. Le sang gicle plus souvent qu’autrement, mais le pire nous est davantage suggéré que réellement montré (à l’image de la scène de tranchage d’oreille de Reservoir Dogs). Tarantino stylise encore la violence, avec l’utilisation de ralentis comme lorsque le sang éclabousse des fleurs de coton bien blanches ou encore met l’emphase sur les effets découlant de l’utilisation de bâtons de dynamite…


Le réalisateur qui adore les Mexican standoffs (impasses mexicaines, dont personne ne sort gagnant dit-on dans le Merriam-Webster, que je traduirai librement par « braquage triangulaire ») s’en donne à cœur joie dans son premier western officiel.


Exemple de Mexican standoff dans Reservoir Dogs (1:17)


L’humour demeure très présent, surtout dans la première partie du long-métrage. Quentin Tarantino désamorce notamment une situation tendue et en fait un moment d’anthologie absurde, alors que des membres du KKK se plaignent de ne rien voir à travers leurs cagoules juste avant un raid.


Casting 5 étoiles et direction d’acteurs impeccable

Tarantino est fidèle à sa « tribu » d’acteurs. C’est donc sans surprise qu’on retrouve des visages connus; Tom Savini (From Dusk till Dawn scénarisé par Tarantino et réalisé par Roberto Rodriguez, Grindhouse), Samuel L. Jackson (Pulp Fiction, Jackie Brown, True Romance également scénarisé par Tarantino), Christoph Waltz (Inglourious Basterds), Michael Parks (From Dusk till Dawn, Grindhouse, Kill Bill). S’ajoutent Don Johnson en propriétaire blanc membre du KKK (qui ressemble étrangement au colonel d’une certaine marque de poulet frit que je ne nommerai pas!) et Leonardo DiCaprio dans le rôle de Calvin Candie, le méchant de service, sadisme inclus.


Comme à son habitude, Tarantino fait une apparition dans son film. Le rôle n’est pas mémorable mais on peut dire qu’il s’est ménagé une sortie « en beauté ». La palme, elle, revient sans conteste à Christoph Waltz (gagnant du prix d’interprétation à Cannes et de l’Oscar du meilleur second rôle pour Inglourious Basterds) qui hérite des meilleures répliques. Son personnage de gentleman empathique qui ne perd jamais son sang-froid lui sied à ravir. Se démarque également du lot Samuel L. Jackson dans le rôle ingrat de Stephen, le second en chef de Calvin Candie, aussi pourri que les exploiteurs blancs qui l’entourent.


2h45, c’est un peu long quand même

Le film aurait gagné à être resserré sur la fin mais je vous le recommande chaudement, en raison de plans magnifiques (la première échappée à cheval en forêt de Django, les paysages somptueux, les apparitions fantomatiques de Broomhilda). À ne pas manquer non plus pour les moments de bravoure qui  ponctuent le film, telles la scène du saloon suivie de la discussion les mains en l’air avec le Marshall et la première fusillade dans la demeure de Calvin Candie, absolument jouissive, ralentis à l’appui.

Site web officiel du film Django Unchained (en anglais) 

mercredi 19 décembre 2012

À Noël, y en aura pour tous les goûts!!

Qui dit Noël dit congés, grosses bouffes et journées en pyjama à la maison. Donc du temps en masse pour voir et/ou revoir vos grands classiques (ou encore vos films préférés, cf. mon billet sur les films doudou). Je vous ai préparé une petite sélection de mon cru dans différents genres, j’espère que vous y trouverez votre bonheur. D’ici là je vous souhaite de très joyeuses fêtes à tous!!


J’ai la rate qui se dilate

On va commencer mollo. Après tout, le rire aide à la digestion et vous pourriez bien en avoir besoin… Je vous recommande donc pêle-mêle : la série des Naked Gun, Hot Shots et Airplane (Y a-t-il un pilote dans l’avion?), Galaxy Quest, parodie de Star Trek (autant les comédiens que les fans) Soul Kitchen de Fatih Akin (2009), mais c’est une histoire qui se passe dans un resto, alors si vous êtes écœuré(e) de manger, peut-être pas. Et aussi la série des Austin Powers avec Mike Myers, dans le rôle d'un tombeur débile et poilu qui se distingue par une dentition qui défie les lois de la gravité.

Extrait d'Austin Powers : International Man of Mystery


Et que ça saute!!

Justement, parlant d’Austin Powers, c’est tout naturellement que je vous suggère de replonger dans les James Bond. Cette année, Skyfall a créé une heureuse surprise et met la barre haute pour celui ou celle qui succédera à Sam Mendes aux commandes…


Bande-annonce de Skyfall (sous-titrée en français)



Récemment, j'ai aussi beaucoup apprécié Inception de Christopher Nolan, que je vous recommande chaudement, si vous ne l'avez pas déjà vu. Éblouissant au niveau visuel, avec un scénario solide qui propose une mise en abîme vertigineuse (un rêve dans le rêve dans le rêve, soit trois niveaux!). Par contre, pas sûre que ça passe la rampe à la télé ou alors ça vous prend un cinéma-maison.

Bande-annonce d'Inception




Pour des valeurs sûres du passé, toujours dans la veine des films d’action et de testostérone, d’autres choix : la série des Indiana Jones, Back to the Future/Retour vers le Futur de Robert Zemeckis (si vous êtes encore capable), les Jason Bourne (ceux avec Matt Damon!!), Men In Black I et II.


Sans oublier Django Unchained de Quentin Tarantino qui sort à Noël... Il est sur ma liste!!

Bande-annonce de Django Unchained


Films d’animation pour les petits et pour les grands aussi
Les films d’animation sont devenus un créneau très intéressant, avec du contenu 1er et second degré, bref, tout le monde sera content :


Frankenweenie de Tim Burton (2012), Kung Fu Panda et KFP II (2008 et 2011), Les Wallace et Gromit (Chicken Run en 2000, The Curse of the Were-Rabbit en 2005)

Il y a aussi Team America de Trey Stone et Matt Parker, les créateurs de South Park, mais à votre place j’attendrais que les enfants soient couchés, sinon, il vous faudra expliquer ce qu’est une « golden shower » à vos enfants…

Bande-annonce sous-titrée en français de Frankenweenie





Si vous avez envie de réfléchir et/ou de vous laisser émouvoir...
American Beauty (1999) / Revolutionary Road (2008) de Sam Mendes qui sont, selon moi, de vrais instantanés de la société dans laquelle on vit et de ses travers.


Little Children (2006) de Todd Field avec Kate Winslet et Patrick Wilson. Ça va plus loin qu’American Beauty et questionne durement l’American Way of Life. Le film pose des questions légitimes et dérangeantes sur la réhabilitation possible ou non des délinquants sexuels (scène d'anthologie à la piscine).



Gran Torino de et avec Clint Eastwood (2008) ou la rédemption d’un vieux malcommode ricain qui apprend à s’ouvrir aux autres cultures et à partager. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour changer.


Far from Heaven (2002) de Todd Haynes. Histoire d’amour interraciale  impossible dans les années 1950. Incroyable de s’imaginer à quel point la société était fermée aux relations mixtes. Julianne Moore et Dennis Haysbert (le président des États-Unis dans 24) à leur meilleur et une superbe reconstitution d’époque. Rappelle un peu la série Mad Men .

Extrait de Far from Heaven


Nuit #1 d’Anne Émond (2011), ça commence par une histoire de cul sans suite pour devenir un voyage au bout de la nuit. Deux solitudes qui s’ouvrent l’une à l’autre, un portrait d’une certaine génération et un scénario captivant qui nous tient en haleine jusqu’au bout.


Les Rom Com – Comédies romantiques/dramatiques, car oui, on peut être fleur bleue sans être cucul. La preuve, avec ma sélection ci-dessous.
Lars and the Real Girl (2007) de Craig Gillespie, comédie dramatique avec Ryan Gosling et une poupée gonflable en personnages principaux, et non, ce n’est pas ce que vous croyez. Un très joli film, émouvant, drôle et sensible.

bande-annonce de Lars and the Real Girl




The kids are all right (2010) de Lisa Cholodenko, un couple de lesbiennes (Annette Benning et Julianne Moore) qui font la connaissance du père biologique de leurs deux enfants, ce qui provoque une sérieuse remise en question de leur couple. Pour le meilleur et pour le pire.


The Descendants (2011) d'Alexander Payne. L’accident de sa femme, dans le coma, amène un mari cocu et père absent à passer du temps avec ses enfants. Beaucoup d’humour malgré une histoire dramatique et un antihéros, George Clooney qui découvre le vrai sens de la paternité et prend conscience de l’héritage (au sens propre et au sens figuré) qu’il veut laisser à ses enfants. Et ça se passe à Hawaï, avec de la musique locale comme bande-sonore. Ou comment voyager à bas prix.

Bande-annonce de The Descendants



Juno (2007) de Jason Reitman à voir ne serait-ce que pour les dialogues à tomber et la gouaille d’Ellen Page en ado de 16 ans impossible. Et la finale chantée est trop mignonne.


Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) et The Science of Sleep (2006) de Michel Gondry. Avec lui, vous serez surpris, émus. C'est l'imagination au pouvoir, avec un grain de folie, du bricolage et une belle naïveté (ça se perd).

Bande-annonce de The Science of Sleep, avec Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg


dimanche 2 décembre 2012

Le tango dans les films : Ce qu’on ne vous dit pas...



Ce billet est le condensé de conversations que j’ai eues avec une amie tanguera et cinéphile, Stéphanie Baron. Nous avons signé ce texte à quatre mains.

Au cinéma, la danse ça a l’air tellement facile. On nous fait croire que ça prend trois répétitions et hop! Vous êtes Travolta dans Saturday Night Fever. Eh bien, on vous ment. Prenons pour exemple la représentation du tango argentin dans les films. C’est très souvent du gros n’importe quoi, aucune chance de voir ça sur une piste de danse, à Montréal ou ailleurs. Et pas besoin d'être une sommité en la matière pour se prononcer...

Il pleut des stéréotypes

Dans Take the lead de Liz Friedlander (2006), la séquence de tango supposément torride entre Antonio Banderas  et sa partenaire frôle le ridicule. La fille a autant les pieds au sol que dans les airs. Sa tenue n’est pas tango proof, elle a toutes les chances de se prendre les pieds dans sa traîne. Du tape-à-l’oeil improbable sur une piste de milonga par manque d’espace. Banderas a au moins l’air passionné et assez de testostérone pour faire passer ce moment indigeste.

Take the lead ou la preuve que le ridicule ne tue pas



Remarquez, ce n’est guère mieux dans Shall we dance? de Peter Chelsom (2004). Richard Gere et Jennifer Lopez se lancent dans le tango de style international (celui où les danseurs s'ignorent royalement, ne regardent pas en direction de leur partenaire). À grands coups de tête en sens opposé, ça dégage tout sauf du charme et de la douceur. Comme dans Take the lead, on a droit à quelques moments de frottage corporel (toujours la femme qui se colle sur l'homme) qui ont plus rapport avec une « danse à 10»  qu'avec du tango…

Mr. and Mrs. Smith de Doug Liman (2005) avec Brad Pitt et Angelina Jolie nous gratifie d’une scène de danse de tango dans un grand restaurant. Ça fait mal juste à regarder. Des grands mouvements ridicules qui répondent, présumons-nous, à l’idée du tango que ce font les gens qui ne le dansent pas. Navrant et pour la connexion (abandon + écoute), oubliez ça! Idem dans Scent of a woman de Martin Brest (1992) avec Al Pacino, qui pèche par son manque d'émotion.

Mr. and Mrs Smith: Ça commence à 2:01. C'est pas parce qu'on rit que c'est drôle...



The Tango Lesson de Sally Potter (1997)
Bluette mal jouée sur fond de tango argentin. Inclut une scène absolument surréaliste et contraire à l’étiquette : Pablo Veron débarque sur la piste en plein milieu d’une milonga pour séparer un couple et danser avec sa partenaire. Ça ne se fait pas, tout Pablo-Veron-la-légende-du-tango qu’il est. Il s’agit, en fait, davantage d’un véhicule promotionnel censé mettre en valeur ledit Veron que d’un film sur le tango argentin… Sans commentaires.


Heureusement, tout n’est pas perdu!

Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) comprend un numéro de tango chorégraphié sur la musique de Roxanne du groupe The Police. Le style est théâtral et assumé. Là, au moins, on a affaire à des danseurs professionnels. Racoleur au début, la danse illustre surtout le propos du film, avec une femme qui est ballottée entre deux hommes. 

Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé (2005) a, quant à lui, su capter l’esprit du tango, notamment lors d’un extrait de spectacle où se produisent les talentueux Javier Rodriguez et Géraldine Rojas, icônes du tango. La bande-sonore affiche une prédilection pour les orchestrations de Di Sarli, même si la chanson-thème du film est « Ensuenos » du Quinteto Real.



Un polar sur fond de tango, pourquoi pas? C'est la prémisse d'Assassination Tango de Robert Duvall (2002). L'acteur américain a épousé une danseuse de l’Argentine et est lui-même tombé en amour avec le tango. Sa passion se sent dans ce long-métrage qui écume les grands « classiques » du genre. Les séquences où le personnage principal, tueur à gages, rêve qu’il danse avec sa professeure sont particulièrement réussies. Ici aussi, on voit des professionnels à l’œuvre, et une fois de plus, ce sont Javier Rodriguez et Geraldine Rojas qui s’y collent. Ne manquez pas le générique de fin, dans lequel on voit Pablo Veron et Geraldine Rojas danser ensemble.


Pour finir, un classique, Tango de Carlos Saura (1998). Ce film, au scénario étonnamment ennuyeux et prévisible, comporte plusieurs numéros chorégraphiés et autres morceaux d’anthologie malgré tout. Ici, je pense à la scène de danse entre hommes, vêtus de blanc d’un bord, de noir de l’autre. Au-delà de l'esthétique très travaillée, il y a la sensation du partage, du désir d'être ensemble dans la danse. Intense.